Qu'est-ce qu'une créature de rêve

Créatures de rêve

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En voilà bien une expression qui devrait retenir l'attention du philosophe. Une "créature de rêve". L'aspect onirique, nous y reviendrons. C'est la notion de créature qui est d'abord importante. Car que dit-on ici ? La créature, c'est ce qui n'existait pas avant qu'elle ne soit "fabriquée". C'est un être en second qui tient son être d'un autre et qui dans cette mesure peut lui donner les attributs qu'il souhaite.

Pygmalion, Frankestein, la créature dans la mythologie intérieure que nous a laissé la littérature est un être à part et pas toujours bon car il est marqué du sceau de l'étrangeté. Parce qu'il dépend d'autre chose que lui, parce que sa forme épate ( au sens premier du terme) dans la mesure précise où celui qui crée cherche à donner vie à ce qui n'existe pas en réalité. Et ce qui n'existe pas en réalité, c'est toujours le surdimensionné : le plus fort, le plus rapide et parfois évidemment le plus beau.

Nous y voila donc. La créature de rêve est l'incarnation de paradigmes de beauté. Et c'est au moment où on les voit qu'on a le sentiment aigu qu'elles représentent en l'espèce  ces paradigmes. Pourquoi ? Parce que pour reprendre le fil de notre pensée, on ne les a jamais vu avant, mais comme elles existent tout de même, on dira qu'on ne les voient pas tous les jours et en tous les cas pas dans notre proximité.

La créature de rêve est donc une apparition. Comme les sept femmes aux cheveux verts d'Appolinaire et comme aujourd'hui ces très belles femmes ( j'allais dire ces hyper belles femmes) qui sont tellement bien faites que la stupéfaction nous saisit. Hébétement primitif qui peut être ensuite relayé par la réflexion sur l'hypothèse d'un recours à la chirurgie parfois fondé car si notre voisine de pallier peut paraitre soudain plus mince par les vertus d'une liposuccion à Tunis, rien n'interdit de penser que pour une femme qui est déjà bien dotée, un coup de main de la médecine plastique ne contribue qu'à l'embellir encore plus.

Ces fées, ces sirènes, ces nymphes, les valkyries modernes ( on utilise volontiers ces sources mythologiques) sont de plus en plus goutées et c'est normal que l'idée d'une "fabrication" soit coextensive à la pensée qui s'y pose.

J'irais même plus loin. On peut imaginer qu'un jour, cette fiancée de la beauté qui aurait les proportions idéales soit imaginée puis concue par celui qui ne serait pas forcément un apprenti sorcier mais un médecin, en espérant qu'il ne se gargarise pas de sa création. Sauf que si ces beautés impressionnantes étaient réalisées en série, elles n'auraient plus la singularité qui en font des créatures à part. 

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